Le Liban à la croisée des chemins

avion israelien

 

« Nous sommes dans la nuit du 10 au 11 août 2003. Je m’endors difficilement dans la moiteur de la nuit libanaise. Soudain, un grondement sourd au loin me réveille en sursaut. Les cieux se montreraient-ils enfin généreux, acceptant de nous reverser une partie de la sueur qu’elle nous a volée depuis le début de l’été ? Je me retourne dans mon lit, plein d’espoirs. Pourtant, aucune averse ne vient, et un second grondement retentit. Je commence à avoir un doute, mais je n’arrive pas à déterminer l’origine de ces bruits sourds qui viennent de la mer. Il est 2 heures du matin.

Je m’habille en vitesse et monte au 1er étage du bâtiment, pour pouvoir scruter l’horizon depuis le balcon. Je me trouve à Jeïta, village de montagne qui surplombe Beyrouth. 

A l’étage, je ne suis pas le premier levé. Il y règne une effervescence fiévreuse, comme je n’en avais jamais connu. Les libanais qui logent dans le même bâtiment que le mien sont tous levés, sans exception, et ont les yeux fixés sur Beyrouth. Ils n’ont pas remarqué ma présence, aveuglés par l’anxiété. Si joviales et légers la veille, je les vois soudain graves et sombres. Mais que ce passe-t-il bon sang ?
Ils continuent d’observer en direction de Beyrouth, dans un silence pesant. 10 minutes passent…Charbel prend alors l’initiative de prendre une radio dans sa chambre. Tous les libanais se rassemblent alors autours de lui et attendent fébrilement le flash information. Le journaliste de la nuit est un ami de Charbel. L’assemblée écoute alors religieusement le journal de 3 heures : « à 1h du matin et pendant 1/2h, des avions israéliens ont violé l’espace aérien libanais jusqu’à Beyrouth. La tension en Palestine se ressent jusqu’ici… ». Mais pas de bombardements. Ouf !

Les bruits sourds n’étaient donc que les avions israéliens passant le mur du son au-dessus de Beyrouth. La tension retombe alors parmi les libanais, les conversions reprennent petit à petit…et ils remarquent enfin ma présence.

Voyant mon visage indiquant manifestement une incompréhension totale face aux événements, une libanaise se confie à moi : « Ce sont les grondements sourds qui nous ont réveillé. Tu sais, à la fin de la guerre civile, on avait que 7 ou 8 ans, mais ces moments difficiles restent gravés en nous. On a connu avec nos frères et soeurs les vitres soufflées, la cave les nuits de bombardement…tu dois juger notre réaction ce soir un peu excessive, voire fanatique, mais on y peut rien tu sais, maintenant ça mous poursuivra toute notre vie…c’est comme ça. ».

L’atmosphère est alors devenu beaucoup plus joyeuse, festive même, comme s’ils avaient besoin d’oublier un ancien cauchemar, qui aurait ressurgit l’espace d’un instant. Plus personne n’a envie de dormir. Nous discutons, chantons et dansons autours d’un narghilé jusqu’au bout de la nuit, profitant ainsi de la douceur éphémère du petit matin »

 

Ces jeunes libanais ont notre âge. Pourtant, ils ont déjà connu une guerre civile, des querelles religieuses et une période d’occupation, qui leurs a fait perdre toute confiance dans l’autorité politique de leur pays.
Comment imaginent-ils leur avenir ? 

Ces jeunes libanais ont notre âge, et pourtant ils sont déjà fatigués, épuisés par ce destin qui s’acharne.  Une libanaise me disait après l’attentat qui tua l’ancien premier ministre libanais Hariri le 16 février dernier :
« Tu sais que le jour de l’accident j’étais à côté de l’emplacement car je travail au centre ville, j’étais avec un ami …c’était vraiment fort …sa force nous a poussé par terre ….tu voyais le sang…tu entendais les cris des gens …c’était un choc tu ne savais pas quoi faire.
Mais un de ces jours il faut que tout se termine car on est vraiment fatigué, il faut nous laisser seuls …. »
Leurs restent-ils encore la volonté nécessaire pour prendre leur destin en main?

Ces jeunes libanais ont notre âge, mais ils doivent désormais faire face au plus grand défi de leur génération : conquérir durablement l’indépendance de leur peuple et de leur pays.
Seront-ils faire de leurs espoirs une réalité nouvelle ?

 

Je veux faire confiance à cette nouvelle génération qui est la nôtre, et leur réaction actuelle me conforte dans cette idée :
« Le Liban et les libanais sont tristes, on a perdu un homme qui aimait de tout son cœur son pays. Mais ce qui est positif c’est que les libanais de différentes religions pour la première fois sont unis. » (Charlotte, une libanaise de 24 ans).

 « Si Dieu le veut », prendra alors une saveur toute particulière dans leur bouche. La saveur de la liberté !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s